mercredi 8 septembre 2010

ABSURDISTAN – note 2 : coulisses du Show-Rom


Apprendre le roumain, en dépit d’une relative facilité pour les francophones, est un exercice ingrat. Côté dépenses, la langue étant mal fixée, on glisse constamment du vulgaire au livresque et retour, sans jamais pouvoir compter sur l’aide des natifs, qui dans leur immense majorité sont convaincus de mal parler, et se contentent d’ailleurs généralement de comprendre 50% de tout ce qu’on leur dit – et vu ce qu’on leur dit en général, c’est presque trop. Retour sur investissement : vu l’effroyable dynamisme économique des territoires de parlance de cette belle langue (soit essentiellement : Absurdistan et République Moldave), pour vos enfants, je recommanderais plutôt le chinois.


Mais depuis le début du show-rom (variante politique du showroom) de Nicu Sarkozy, je rentabilise enfin mon investissement. Autant la version doublée frantzouse oscille entre le pompier et le kitsch, autant cette tragifarce camp devient, vu d’Absurdistan et en VO, d’un comique limite brechtien. Pendant que, dans la zone mutante, les indignés professionnels ou pavloviens de la gauche compassionnelle convoquent une fois de plus toute leur fantasmagorie épihitlérienne au secours d’une vacance durable du concept, je regarde à la télé bsurde les victimes de ces « rafles » débarquer à l’aéroport de Bucarest-la-joyeuse. Certains, mieux informés des usages télévisuels modernes, se couvrent le visage avec le veston Nike constituant le haut de leur costume populaire, d’autres vont au-devant des caméras avec l’histrionisme inné de leur peuple, pour dire avec fierté combien ils ont touché pour monter dans l’avion (c'est-à-dire, vu d’Absurdistan, un joli paquet), et quand ils comptent retourner en France (c'est-à-dire très bientôt) ; habitués à ne pas chercher de sens dans la phénoménologie timbrée du monde gajo, ils ne s’étonnent même pas de ce bref contretemps, et n’ont pas le moindre mot de reproche à l’égard de la France. On finirait presque par les soupçonner de vouloir rendre service à leur lointain cousin Sárközy, qui a fait une si belle carrière « de l’autre côté », comme on dit par ici. Aux journalistes bsurdes qui, avec la vraie-fausse naïveté des classes moyennes hors-sol du Tiers Monde, leur demandent pourquoi ils refusent de rester en Absurdistan (comme si ça constituait un devoir civique…), ils répondent au contraire on ne peut plus pragmatiquement qu’ils préfèrent les pays dotés d’écoles et d’hôpitaux – surprenante opinion d’ailleurs largement partagée par leurs compatriotes à épiderme moins foncé qui, chaque années, par dizaines de milliers, votent avec leur pieds contre le pays de (C)VCVscu (structure syllabique de la dictature bsurde : Ceauşescu, Iliescu, Băsescu), pour ces contre-candidats de facto que sont Madrid, Milan, Barcelone, Lyon, Valence, Strasbourg… En gros, la proportion de tziganes dans cet exode massif ne doit pas dépasser le tiers, et divers cas de mendicité roumaine non-tzigane en France m’ont été signalés par des roumains, qui a priori savent de quoi ils parlent.
Mais les foudres de l’une et indivisible, bien emmerdée avec son chômage massif, se dirigent semble-t-il exclusivement sur le tiers foncé, peut-être dans l’espoir de faire oublier qu’ils sont eux aussi citoyens du même état, et DONC de l’Union Européenne, vache à fric de l’agriculture et de l’industrie française, où la Roumanie doit d’ailleurs en grande partie sa place à la pression d’une France bien trop sensible au sex appeal du gros marché Elf Aquitaine et au lobbying discret de l’OTAN pour se souvenir, à l’époque, de ce petit million de tziganes auquel elle accordait par la même occasion le DROIT de séjourner sur son sol. Ce qui rappelle l’attitude de la France, complice faux-cul de toutes les vagues génocidaires, face à une autre minorité trop visible, quand toute la hargne antisémite de la bourgeoisie des années 30 s’abattait en apparence sur ces pouilleux de juifs polonais, à ne pas confondre avec le fringant israélite français. A quand le passeport roumain amélioré, avec certificat anthropométrique de blancheur délivré par la patrie des droits de l’homme ?

Le même jour, la version électronique de La Dépêche m’apprend (http://www.ladepeche.fr/article/2010/09/05/900400-La-saucissonnade-republicaine-tourne-au-vinaigre.html) qu’à Toulouse, on a aujourd’hui besoin d’un cordon de CRS pour manger du saucisson et s’opposer à l’Islam en public. Commentaire d’une « jeune militante » venue « contre-manifester » : « Ces gens-là n'ont pas à se rassembler! » Tout l’esprit des lumières. Voilà donc l’erreur des tziganes : être chrétiens, riches de cinq siècles d’histoire européenne, et généralement peu violents. S’ils étaient dix millions, musulmans et vindicatifs, Sarko l’intrépide se reporterait vraisemblablement sur une autre minorité visible pour requinquer son aile droite. Lequel Sarko a compris qu’électoralement, dans un contexte de débâcle financière et économique (dont il n’est certes pas plus responsable que ses soi-disant opposants…), la bataille au centre est perdue d’avance pour lui. Et que, pour s’auto-déborder à droite, il faut bien qu’à défaut de proie, il jette un leurre en pâture aux chiens d’une grogne populaire par ailleurs rigoureusement muselée.
Occasion en or, pour une gauche également vendue corps et âme à la racaille financière, et subséquemment tout aussi dénuée de solutions face à la crise, d’entonner, à défaut de discours articulé, une logorrhée compassionnelle qui parachève l’oblitération du seul enjeu réel de cette pénible affaire, à savoir que si les expulsions sont intolérables, ce n’est pas parce qu’elles « persécutent des misérables » (au contraire : certains se débrouillent si bien en France que même leur cachet dans ce mauvais opéra-bouffe se solde, compte tenu de la perte de temps, par un léger manque à gagner pour « leur petite entreprise »), mais parce que leur illégalité dépasse en gravité la violation de lois françaises, étant donné qu’elle constitue une VIOLATION D’UN TRAITE INTERNATIONAL ratifié par la France – tout le contraire, donc, de ce que François Rebsamen, voyou-maire de Dijon et célèbre organisateur de buffets halal (http://www.ripostelaique.com/Comment-peut-on-accepter-la-viande.html) appelle curieusement « reconduire à la frontière des étrangers en situation irrégulière » (http://www.leparisien.fr/politique/francois-rebsamen-les-maires-ont-raison-d-expulser-les-roms-03-09-2010-1053237.php), « reconduction » contre laquelle son propre parti appelle néanmoins à manifester. Il s’agit … du PS.


Rien dans tout cela, cependant, qui soit de nature à surprendre les intéressés, citoyens d’Absurdistan, où le dominator Băsescu assoit tantôt sa popularité sur des répliques du style « tzigane puante » (prononcé – circonstance atténuante – à l’encontre d’une journaliste), tantôt, compte tenu de l’importance démographique, donc électorale de la minorité tzigane, sur sa présence dansante, alcoolisée et télévisée aux fêtes familiales de tel ou tel magnat tzigane. Ici et là, même duplicité insolente de la voyoucratie du continent Titanic. Reconnaissons à la variante roumaine, dans sa bonhommie agraire, un vague supplément d’âme par rapport à son équivalent mutant. Et d’ailleurs, une fois n’est pas coutume, Teodor Baconsky, étoile montante de la droite intellectuelle et chef de la diplomatie bsurde, s’est conduit presque dignement face aux affronts français, en osant rappeler à big brother que les basanés indésirables en question étaient citoyens roumains, donc communautaires – audace bien insolite dans cette colonie virtuelle, peut-être due à la semi-lucidité du pouvoir orange (qui se rend bien compte que l’UE, dans sa forme actuelle, appartient au passé, mais s’imagine pouvoir compenser son parachutage imminent en convolant en secondes noces avec une superpuissance américaine encore plus périmée…), mais que l’honnête homme, en tout état de cause, se doit de saluer.

RAPPELS :
* A part quelques moldaves importés sous Băsescu l’orange pour des raisons tout aussi électorales, la Roumanie n’a pratiquement intégré aucun élément externe dans l’UE par voie de naturalisation, alors que la France, membre fondateur, est sans aucun doute le plus gros importateur européen de musulmans africains par tête d’habitant.

* Je refuse sciemment l’emploi du terme « rom », produit de la political correctness, qui est de plus inexact, les tziganes étant dans la plupart des contextes actuels envisagés dans une perspective socioculturelle, et non strictement linguistique ; or, du fait d’acculturations anciennes (ex. : tziganes roumanophones du Sud de la Hongrie) ou récentes, une grande partie des personnes subjectivement et objectivement caractérisées par l’identité tzigane ne sont pas locutrices de la langue romani.

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